Le témoignage poignant de femmes Rohingyas réfugiées au Bangladesh et soutenues par le PAM

Mai 21, 2018

L’arrivée à Cox’s Bazar, au Bangladesh, de plus de 670 000 personnes fuyant la violence au Myanmar a exercé une énorme pression sur les ressources locales. Alors que l’un des thèmes de la Journée internationale de la femme était “Faire pression pour le progrès”, le personnel du Programme alimentaire mondial (PAM) a parlé aux réfugiés et aux femmes et aux filles locales qui participent à ces activités de secours et de développement. Ici, ils partagent leurs expériences de vie et leurs pensées sur ce que le progrès, l’espoir, l’autonomisation et l’égalité signifient pour eux.

“L’amour, c’est l’espoir et l’espoir, c’est le progrès” — Nur Kajal
Encore adolescente, Nur Kajal s’est enfuie et s’est mariée avec l’amour de sa vie, échappant au mariage arrangé que ses parents prévoyaient. Un tel acte de défi sur fond de persécution constante et de peur de l’exil forcé a créé une couche supplémentaire de tension qui menaçait de déchirer sa famille. Cependant, fuir le Myanmar vers le Bangladesh a rapproché les familles de Nur Kajal et de son mari, mettant de côté leurs différences pour survivre, chercher un abri et trouver de la nourriture.

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Nur et sa famille ont trouvé refuge à Cox’s Bazar, où son premier enfant va naître. Photo : PAM / Saikat Mojumder

“Alors que nous étions proche de la mort, le Bangladesh a fourni un sanctuaire. Je suis très reconnaissante pour le soutien que nous avons reçu ici. Que je reçoive de la nourriture ou non, je serai toujours très reconnaissant”, explique Nur, qui attend son premier enfant.
“Mon espoir est d’avoir assez pour subvenir aux besoins de mon bébé — de l’habiller, de le nourrir et de l’éduquer. Je prie Allah de prendre soin de mon enfant et espère que l’amour de la communauté continuera car cela décidera de ce qui nous arrivera à tous.”
L’incertitude de venir si brusquement au Bangladesh n’a pas refroidi l’espoir de cette adolescente de 17 ans. Le sentiment d’acceptation et d’assistance qu’elle a reçu du peuple du Bangladesh et de la communauté internationale a renforcé sa conviction que l’amour peut effectivement tout résoudre. Lorsqu’on lui a demandé ce que le progrès signifiait pour elle en tant que femme, elle a réfléchi pendant un certain temps avant de dire : « Le progrès c’est d’avoir un nombre limité d’enfants à aimer beaucoup, avec assez d’argent pour les nourrir, les vêtir et les éduquer.”
“Le progrès surmonte le chagrin” — Solima Khatun
Enceinte de son cinquième enfant, Solima a perdu son mari au milieu du chaos en fuyant le Myanmar, lorsque sa maison a été entièrement brûlée.
“Mon mari et moi avons commencé le voyage ensemble mais nous avons été séparés dans la confusion. Ce n’est que lorsque je suis montée sur le bateau pour la traversée que j’ai réalisé qu’il n’était plus avec moi. La peur s’est installée parce que j’avais été témoin de beaucoup de choses horribles — des hommes étant enlevés, des femmes ayant l’estomac ouvert, des personnes amputées de leurs propres membres après s’être fait tirer dessus et avoir reçu une balle dans leur corps.

Que peut-il arriver à mon mari s’il est toujours là ? En fin de compte, pour me consoler, je me suis accroché à l’espoir que nous serions réunis dans les camps. Cela fait sept mois et je n’arrive toujours pas à le trouver.”

PNG L’anxiété et la peine sont gravées sur le visage de Solima alors qu’elle sort du centre de nutrition avec la semoule enrichie et le riz qu’elle reçoit dans le cadre des programmes de soutien nutritionnel du PAM. Photo : PAM / Saikat Mojumder

Enceinte, Solima est consumée par la peur, la confusion et la tristesse. Elle reçoit un soutien de la distribution alimentaire du PAM ainsi que de la bouillie nutritive du programme d’alimentation complémentaire de base. Cependant, la difficulté de vivre dans le camp surpeuplé, conjuguée à l’anxiété de nourrir sa jeune famille sans son mari, rend la vie insupportable.
Lorsqu’on lui a demandé ce qu’elle espérait, elle a poussé un soupir vaincu. “Je veux le strict minimum pour mes enfants — une bonne vie où ils peuvent manger et survivre.”
“Le progrès est le libre arbitre”— Bulbuli Dhar, travailleuse au centre de nutrition du PAM
“Ils sont venus ici parce qu’ils ont été torturés. Ils ont une vie difficile comme nous,” dit-elle. Pour elle, l’élément le plus important de l’aide apportée aux réfugiés est de veiller à ce que les femmes enceintes, les mères allaitantes et les jeunes enfants reçoivent la nourriture dont ils ont désespérément besoin pour garantir la survie de la prochaine génération.
Grâce à son travail au centre de nutrition du PAM, Bulbuli peut participer également au sein de sa famille en tant que pourvoyeuse de revenus, en utilisant son petit salaire pour payer l’éducation de ses fils et contribuer aux dépenses du ménage. “Mon mari est tout à fait favorable à mon travail. Mon fils cadet boude quand je ne suis pas à la maison mais mon aîné est très fier de moi. Il se vante à ses amis et à tout le monde dans notre voisinage de mon travail et des choses que je peux acheter pour lui. Sa fierté pour mon travail signifie tout pour moi.

PNG Pour Bulbuli, le progrès signifie que les filles ont la liberté d’être scolarisées et d’être sur un pied d’égalité avec les garçons. Photo : PAM / Saikat Mojumder

“J’ai étudié jusqu’à la 8e année. Mon souhait est de donner à mes fils une éducation supérieure afin qu’ils puissent progresser plus que moi et avoir une vie établie. Si j’avais des filles, je les encouragerais aussi à recevoir une éducation afin qu’elles puissent conserver leur indépendance et être libres.” Estimant que l’autonomisation signifie être libre de choisir de chercher un emploi dans sa famille ou sa communauté, Bulbuli espère que le progrès pour la génération se traduira par l’enseignement supérieur, en particulier pour les jeunes filles, afin qu’elles n’aient pas à être chargées des tâches ménagères. “Avec l’éducation, les garçons et les filles sont égaux. C’est ça le progrès.”
Merci à Nayomee Chakma, à Bhuiyan Mahmood, à Binta Bajaha et à Nusrat Jahir pour avoir recueilli ces témoignages
Le Programme alimentaire mondial remercie la France pour sa contribution permettant de soutenir les réfugiés Rohingyas au Bangladesh.

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WFP (PAM)
Le PAM (Programme alimentaire mondial des Nations Unies est la plus grande agence humanitaire luttant contre la faim dans le monde.

Dernière modification : 18/06/2018

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